Il y a quelques jours, le rappeur Niska a été annoncé parmi les têtes d’affiches du festival Yardland. Une information qui n’est pas passé sous le radar des féministes, qui ont été nombreuses à dénoncer la mise en lumière d’un artiste déjà accusé de violences conjugales. En effet, en 2019, le rappeur, alors en couple avec Aya Nakamura, avait été pointé du doigt après que la chanteuse a publié une photo de son œil tuméfié. Au micro de France Inter, elle avait déclaré : « J’ai publié cette photo pour montrer que moi aussi, ça m’était arrivé. Mon copain de l’époque m’avait tabassé. ».
Dans un live Instagram, elle avait également présenté ses excuses à son public : « Je m’excuse d’avoir essayé de camoufler ce truc-là. Je ne peux pas mentir à certains fans parce que je sais que ça arrive à certaines femmes, et il y a des femmes qui m’écoutent qui vont se sentir mal. » Des violences avérées donc, mais qui n’ont, à ce jour, pas entravé la carrière de Niska, aujourd’hui propulsé en tête d’affiche d’un grand festival.
Que vaut la parole des victimes dans le rap ?
Dans une enquête publiée en 2025 par Mosaïque Magazine intitulée « VSS : la fabrique du silence dans l’industrie de la musique », la journaliste Lise Lacombe mettait déjà en lumière les mécanismes qui protègent les artistes au détriment des femmes qui les accusent.
« Tout au long de son parcours, elle a constaté un passe-droit accordé aux artistes et dit ne pas en avoir connu “un seul qui ne soit pas problématique avec les femmes”. “Il y a énormément de misogynie et de comportements toxiques. Ce milieu exacerbe les enjeux de domination par l’adrénaline du pouvoir et de l’ego” », écrivait-elle.
Ces observations résonnent particulièrement dans le milieu du rap, où la parole des victimes se heurte souvent à une loyauté de groupe et à une culture de l’entre-soi.
Cet esprit de « boy’s club », fait de solidarité masculine, de déni et de minimisation des violences, contribue à bafouer et fragiliser les témoignages des femmes, comme l’a illustré le cas du rappeur Doums, qui, après avoir multiplié les tweets pour défendre Nekfeu et décrédibiliser son ex-compagne qui l’accusait de violences sexuelles et conjugales, a lui-même été ensuite condamné par la justice pour violences conjugales à l’encontre de son ex-compagne Adèle Exarchopoulos, révélant crûment l’hypocrisie d’un système qui protège ses figures jusqu’à l’aveuglement.
Une rédemption est-elle possible ?
La balle est désormais dans le camp des instances de la musique, qui ne peuvent plus continuer à détourner le regard face aux violences sexuelles et sexistes dans l’industrie. Par exemple, nombreux sont les médias rap qui n’avaient pas relayé le communiqué de l’ex-compagne de Nekfeu et de ses accusations, s’étaient empressés de poster celui de Nekfeu comme un « contre-uno » aux féministes et aux victimes, hissant la carte des fameuses fausses accusations qui peuvent « ruiner des carrières ».
Même stratégie pour le rappeur RK, qui, condamné pour violences conjugales contre son ex-petite amie, effectue avec son équipe, un travail médiatique rigoureux pour redorer son image. De passage dans l’émission de Mouloud Achour, ce dernier « s’excuse » devant la caméra et justifie cette affaire par son jeune âge à l’époque des faits.
Comme l’écrivait bell hooks dans La Volonté de changer : « Aucun homme n’échappe à l’influence du patriarcat s’il ne s’efforce pas volontairement et activement de changer et de contester ce système » (p.83).
Si le hip-hop (et l’industrie musicale) veut réellement avancer, il ne peut plus se contenter de discours : il doit assumer ses responsabilités, protéger les femmes qui en font partie et cesser de protéger coûte que coûte ses figures. L’hypocrisie ne peut plus durer.




