La Place fête ses 10 ans : 9 artistes à ne pas rater

La Place fête ses 10 ans : 9 artistes à ne pas rater

Du 2 au 11 octobre, La Place célèbre une décennie passée à faire vivre les cultures hip-hop en plein cœur de Paris. Dix jours de musique, DJ sets, danse, expositions et rencontres pour regarder le chemin parcouru depuis 2016, mais aussi ce qui est en train de s’écrire aujourd’hui. Parce qu’en dix ans, les scènes ont beaucoup changé. Le rap a continué de se transformer, le R&B francophone a vu émerger de nouvelles voix, les musiques afro-caribéennes circulent de plus en plus largement et les frontières entre les genres sont devenues beaucoup moins évidentes qu’elles ne l’étaient autrefois. La programmation imaginée pour cet anniversaire en est un bon exemple. Plusieurs générations s’y rencontrent, tout comme des artistes aux univers très différents. Entre le 8 et le 10 octobre, neuf artistes ont particulièrement retenu notre attention. Certaines font déjà partie de celles que l’on suit depuis plusieurs années. D’autres sont précisément celles que l’on compte découvrir sur scène.

8 octobre : le R&B ouvre le bal avec Session 32

Pour cette première soirée, La Place laisse les commandes à Session 32, média et agence événementielle qui œuvre depuis plusieurs années autour du R&B et de la soul. Parmi les artistes annoncés, deux noms se retrouvent dans notre sélection : Celyane et Yasmeen.

D’origine cap-verdienne, Celyane grandit dans un environnement où se croisent les musiques du Cap-Vert, le reggae, le jazz, la soul, la variété française et le rap. C’est notamment par sa grande sœur qu’elle découvre le R&B des Destiny’s Child, d’Alicia Keys ou encore d’Aaliyah, des références qui vont progressivement nourrir sa propre identité musicale. Une première porte s’ouvre lorsqu’elle remporte un concours organisé par Jok’Air. En 2020, on la retrouve à ses côtés sur « Tu me soupçonnes », extrait de Jok’Chirac. Depuis, Celyane a continué à construire son univers, mais aussi à prendre de l’expérience sur scène. 

Fin 2025, elle dévoile Dans Le Mille, un EP de quatre titres. Une proposition qui permet de mieux cerner ce qui fait aujourd’hui son identité, un R&B nourri par plusieurs héritages plutôt qu’enfermé dans une seule esthétique. En mai 2026, elle franchit une étape particulièrement symbolique en faisant partie des artistes choisies pour assurer les premières parties des trois Stade de France d’Aya Nakamura. Une soirée devant plusieurs dizaines de milliers de personnes qui lui permet de présenter sa musique à une tout autre échelle. Après avoir goûté à l’immensité du Stade de France, on a donc surtout envie de voir Celyane dans un cadre beaucoup plus proche du public. Et de découvrir comment son univers s’exprime sur une scène comme celle de La Place.

Yasmeen, elle, arrive à La Place quelques mois seulement après avoir franchi une étape importante dans son parcours solo.

Originaire de Marseille et passionnée de R&B, la chanteuse avait déjà commencé à tracer son chemin avant de participer à Popstars, aventure qui l’amènera à intégrer le groupe SOR4. Mais depuis, Yasmeen a repris la route en son nom. En mars dernier, elle dévoile MERAKI, son premier EP solo. Six titres, sur lesquels elle revient pleinement vers le R&B qu’elle défend depuis ses débuts. Elle signe d’ailleurs l’écriture et la composition du projet, entourée de plusieurs producteurs qui donnent à chaque morceau sa propre couleur.  Un premier EP qui permet surtout à Yasmeen de poser plus clairement son identité en dehors de l’expérience collective de SOR4. Quelques mois après sa sortie, son passage à La Place sera donc l’occasion de voir comment MERAKI vit désormais sur scène.

9 octobre : des Caraïbes à Paris avec Loxymore

Le lendemain, changement d’ambiance. Pour les dix ans de La Place, Loxymore imagine un sound system où se rencontrent dancehall, bouyon, rap kréyol et zouk. Une soirée qui regarde directement vers les Antilles et leurs diasporas. Dans cette programmation, difficile pour nous de passer à côté de N’Ken.

Originaire de Martinique, l’artiste évolue entre shatta, dancehall et autres sonorités caribéennes. Et si son parcours ne commence évidemment pas en 2026, cette année marque une accélération particulièrement intéressante. Les morceaux s’enchaînent : « Thug Life », « Chaud (3X) », « Mèm si (Doudou) », « Comme moi », « Kalman » ou encore « Célibataire ». Mais c’est surtout sa collaboration avec Meryl sur « Shatta Confessions » qui permet à son nom de circuler encore plus largement. Le titre décroche notamment une nomination aux Flammes 2026 dans la catégorie collaboration de l’année. Son évolution raconte aussi quelque chose qui dépasse son seul parcours. Ces dernières années, le shatta et plus largement les scènes caribéennes ont gagné une visibilité nouvelle dans l’Hexagone. Voir N’Ken dans un sound system à La Place prend alors une autre dimension.

Shiine sera notre deuxième arrêt de la soirée. Son parcours est encore moins documenté et son nom probablement moins familier pour une partie du public. Mais c’est aussi pour cette raison qu’elle se retrouve dans cette sélection. Loxymore travaille justement à créer des ponts entre les scènes des Antilles, de Guyane, leurs diasporas et le public hexagonal.

10 octobre : cinq artistes vedette

La soirée anniversaire réunit plusieurs générations d’artistes passées par La Place ou liées à son histoire. Oxmo Puccino, Lino, A2H, Chilla ou encore Makala figurent notamment au programme. À cela s’ajoute une carte blanche confiée à Colors Records autour de la scène genevoise. De notre côté, cinq noms se sont rapidement retrouvés entourés : Angie, Vicky R, Le Juiice, Jäde et Supremnova.

Angie, entre rap et R&B sans choisir son camp

« la go du R&B et de l’égotrip. » La formule lui va bien, mais elle ne raconte finalement qu’une partie d’Angie. Depuis ses débuts, la chanteuse et rappeuse construit justement sa musique dans cet entre-deux. Inspirée aussi bien par Lauryn Hill que Whitney Houston ou Beyoncé, elle mêle rap et R&B sans considérer les deux comme des univers opposés. Une dualité déjà présente lorsqu’elle se révèle à 18 ans avec December 8th, son premier projet bilingue.

La suite lui permet d’affiner progressivement cette identité. En 2023, L’Amoroso pose un premier jalon important, avant Angilinazuli, projet réalisé avec Lazuli la même année. Puis vient Aveux d’amour en octobre 2025, plus intime, suivi d’une série de singles qui montre une autre facette de son univers : « Stallion », « Je l’aime », « VIXEN », puis « Swing » et « JGBC » en 2026.

Et s’il y a bien un endroit où l’on a envie de retrouver Angie aujourd’hui, c’est sur scène. Parce qu’elle commence à y avoir une sacrée expérience. Rien qu’en 2026, elle est passée par les Nuits Botaniques à Bruxelles, a ouvert pour Aya Nakamura au Stade de France devant 80 000 personnes, puis s’est produite à Yardland. Son passage à La Place arrive donc à un moment intéressant de son parcours. Angie n’est plus vraiment une artiste que l’on présente comme une simple « nouvelle voix » car les projets s’accumulent, la scène prend de plus en plus de place et son identité entre rap, R&B, sensibilité et egotrip est désormais bien installée.

Vicky R, derrière le micro comme derrière la production

Née à Libreville, au Gabon, elle évolue dans la musique depuis le début des années 2010. Rappeuse et compositrice, elle est également productrice, une dimension importante de son parcours qui rappelle qu’elle participe à la construction de sa musique bien au-delà de l’interprétation. Au fil des années, Vicky R a navigué entre rap et mélodies, freestyles et projets plus construits, jusqu’à SYSTM puis LOBBY en 2025. En 2026, elle poursuit avec « Fala » et surtout « Djôlo 241 », en collaboration avec Eboloko. Le 241, indicatif téléphonique du Gabon, inscrit directement le morceau dans le lien que l’artiste continue d’entretenir avec son pays d’origine. Plus de dix ans après ses débuts, Vicky R continue donc de déplacer les contours de son univers. Et sa présence pour cet anniversaire prend forcément un sens particulier lorsqu’on sait que La Place célèbre, elle aussi, une décennie d’existence.

Le Juiice, sans attendre qu’on lui fasse une place

Difficile de parler des rappeuses francophones qui ont marqué ces dernières années sans que le nom de Le Juiice arrive rapidement dans la conversation. Elle se fait notamment remarquer à travers les freestyles, Rentre dans le Cercle, Planète Rap ou encore les BET Cyphers. Mais très tôt, elle comprend aussi que construire une carrière ne passe pas uniquement par le micro.

En 2019, elle crée Trap House, son propre label. Cette indépendance devient presque aussi importante dans son identité que la trap et l’egotrip qui ont fait sa réputation. Le Juiice ne se contente pas de vouloir occuper l’espace : elle cherche à construire le sien. Après NOUS ART : Masterpiece en 2024, elle continue d’alimenter sa discographie avec « Gabrielle Solis », « +225 », « PEE » ou « 5 STARS », puis « Ambition », « Hot Dog » et « FENTY » en 2026. La Trap Mama est toujours là. Et on sait déjà que le 10 octobre, elle ne viendra probablement pas pour rester discrète.

Jäde, l’amour quand tout ne va pas bien

Depuis ses débuts sur SoundCloud jusqu’à Première Fois, Romance, Météo puis son premier album Les Malheurs de Jäde, elle a progressivement construit une sorte de chronique sentimentale de sa génération. On y parle de désir, de situations ambiguës, d’attachement, de déception et de toutes ces relations dont on ne sait parfois même pas exactement comment les définir. Mais réduire Jäde à ses textes serait passer à côté d’une autre partie de son identité. Musicalement aussi, elle aime les zones grises. R&B, rap, pop, trap ou drum and bass peuvent se croiser sans qu’elle ressente vraiment le besoin de choisir un camp. Après Les Malheurs de Jäde en 2024, un nouveau chapitre semble s’être ouvert. « Comme des garçons » arrive en 2025, suivi de « Friend with benefits » puis « Vibe » en 2026.

Supremnova, le détour par Genève

Enfin, on quitte momentanément la scène française. Pour ses dix ans, La Place confie une carte blanche à Colors Records, qui vient mettre en avant une partie de la scène genevoise. Makala, Daej Phantom et Supremnova font notamment le déplacement.

Et c’est cette dernière que l’on a décidé de garder dans notre sélection. Membre du collectif LE MÉMO, Supremnova évolue dans un rap nourri par la trap mais aussi par différentes influences africaines, notamment camerounaises. Elle passe du français à l’anglais et joue autant avec les codes du rap qu’avec une énergie beaucoup plus libre.

Après « PPPETARD » ou « CHECHE LE LAIT », elle dévoile durant l’été 2026 « LA VAR ».

Son nom reste probablement moins connu du public français que ceux de plusieurs artistes présentes ce soir-là. Mais c’est justement ce qui rend son passage intéressant. Parce que quelques semaines après La Place, Supremnova doit revenir à Paris, cette fois à l’Élysée Montmartre en première partie d’Yvnnis.

Et maintenant, place au live

Ce sont ces neuf artistes que l’on a spontanément entourées en parcourant la programmation. Certaines font déjà partie de celles que l’on écoute et que l’on suit depuis plusieurs années. Pour d’autres, ces dix ans seront justement l’occasion de passer de la découverte à la scène. Et c’est aussi ce que l’on vient chercher dans ce genre de programmation.

Cette sélection raconte également assez bien les scènes que l’on aime suivre chez Heir Sound. Du R&B au rap en passant par les sonorités afro-caribéennes, ces trois soirées montrent surtout à quel point les frontières musicales sont aujourd’hui de plus en plus difficiles à tracer. Les influences circulent, les genres se mélangent et les artistes construisent leurs univers sans forcément chercher à entrer dans une seule case.

Et finalement, c’est ce que l’on retient le plus en regardant cette programmation. La Place fête dix années passées à accompagner et faire vivre les cultures hip-hop, mais son anniversaire ne regarde pas uniquement derrière lui.

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