ZA INTENTIONS, le projet neo-soul dont vous avez besoin

ZA INTENTIONS, le projet neo-soul dont vous avez besoin

Originaire de Marseille et d’origine comorienne, Za Kweli navigue entre jazz, soul, hip-hop, R&B et neo-soul. J’avais découvert son univers en 2024, lors d’un événement organisé par la KalyHouse. Je connaissais encore peu sa musique à l’époque, mais son passage sur scène m’avait bluffée. Sa voix, sa présence et surtout cette facilité à créer quelque chose de très vivant sur scène m’étaient restées en tête. Cet été, Za Kweli dévoile Cœur net, premier single de son projet. Le morceau me plaît immédiatement. J’y retrouve ce qui m’avait marquée en live deux ans auparavant, avec quelque chose de plus complet, de plus intentionnel et de plus posé. Un titre qui parle de jours meilleurs sans chercher à effacer tout ce qui vient avant. Cœur net ravive alors ma curiosité pour l’univers de Za Kweli et me donne envie d’en découvrir davantage. Quelques semaines plus tard, c’est donc avec une attention toute particulière que je me rends à sa listening party pour écouter son EP dans son intégralité.

Le 25 septembre dernier, Les Trois Baudets prennent des airs de grande réunion entre amis. Dans la petite salle de Pigalle, les conversations fusent, les visages semblent familiers et Za Kweli s’apprête à nous faire découvrir son bébé. L’ambiance est chaleureuse, intimiste, loin de la listening party très formelle. Pendant quelques heures, tout tourne simplement autour de la musique. L’enjeu est d’autant plus important pour l’artiste car c’est son premier projet et elle le porte de manière totalement indépendante. Six morceaux pour ouvrir un nouveau chapitre et poser un peu plus précisément les contours de sa musique.

Des intentions avant même de connaître le titre

Pendant la listening party, le titre de l’EP n’est annoncé qu’après l’écoute. Un oubli, semble-t-il, qui donnera finalement lieu à une jolie coïncidence. Je prends mes notes au fil des morceaux et, sans vraiment m’en rendre compte, je cherche à chaque fois ce que Za Kweli veut poser derrière chacun d’eux.

Le premier titre, Dehors, ouvre le projet et nous fait entrer immédiatement dans son univers. La soul et le R&B se mêlent au jazz, les instruments ont suffisamment d’espace pour exister et le groove s’installe sans forcer. Taire les doutes poursuit cette introduction avec une idée qui reviendra régulièrement sur l’EP, celle d’avancer même lorsque tout n’est pas encore réglé. Faire taire ses doutes ne veut pas forcément dire qu’ils ont disparu. On peut encore avoir peur, hésiter, se demander si l’on prend la bonne direction et décider malgré tout de continuer. Cet ep se construit beaucoup autour de ces mouvements intérieurs. Sortir, croire de nouveau aux jours meilleurs, trouver un endroit où l’on se sent en sécurité, aimer, se questionner et essayer malgré tout de regarder devant soi.

Ce n’est qu’à la fin de l’écoute que j’apprends le nom du projet, ZA INTENTIONS. Une coïncidence assez amusante puisque cette idée d’intention revenait déjà dans mes notes depuis le premier morceau.

Za Kweli lors de sa listening party le 25 septembre 2026 aux Trois Baudets, Paris – ©Loubna Mgomri

Cœur net, les jours meilleurs finiront par arriver

Un mois après sa sortie, Cœur net reste mon morceau préféré du projet. Peut-être parce qu’il concentre ce que j’aime le plus dans la proposition de Za Kweli. Elle parle de ce qui fait mal sans construire toute sa musique autour de la douleur. Elle laisse surtout de la place à ce qui vient après. Il y a cette idée que des jours meilleurs finiront par apparaître. Pas comme une promesse un peu facile que tout ira forcément bien, ni comme une façon de minimiser ce que l’on traverse. Cœur net laisse simplement ouverte la possibilité que la période dans laquelle on se trouve ne soit pas définitive. C’est ce qui m’avait tant plu lors de la sortie du single. Il y avait quelque chose de rassurant dans ce morceau, sans que je puisse encore le replacer dans un projet plus large. Au milieu de ZA INTENTIONS, cette sensation devient beaucoup plus claire. Za Kweli ne cherche pas à nier les émotions difficiles. Elle refuse simplement de leur donner le dernier mot.

Safe et toutes les formes que peut prendre l’amour

Safe arrive juste derrière dans mes morceaux préférés. Plus R&B, plus lover, le titre repose sur un groove particulièrement efficace, accompagné d’un saxophone qui devient rapidement l’un des détails que je retiens le plus du projet. Pendant la listening party, Za Kweli explique avoir d’abord pensé Safe comme une chanson d’amour R&B. L’idée était celle d’une personne qui devient notre safe place, quelqu’un auprès de qui l’on peut baisser la garde et se sentir pleinement en sécurité. Mais en partageant le morceau, elle s’est rendu compte que les personnes qui l’écoutaient ne l’associaient pas forcément à une relation amoureuse. Et c’est justement ce qui rend Safe aussi fédérateur. Une safe place peut être un partenaire, mais aussi une amie, une sœur, un frère ou n’importe quelle personne avec laquelle on entretient un lien suffisamment sain pour pouvoir être soi-même. L’amour romantique devient alors une lecture parmi d’autres. J’aime particulièrement cette évolution du morceau parce qu’elle rappelle qu’une chanson ne nous appartient jamais totalement une fois qu’elle est sortie. Za Kweli avait son intention en l’écrivant, mais chacun peut désormais y mettre la sienne.

Faire de la neo-soul sans vivre dans le passé

Avec Elle, l’atmosphère devient plus aérienne et plus planante. Quelques sonorités viennent même flirter avec le reggae. Za Kweli élargit son univers sans donner l’impression de vouloir cocher plusieurs genres sur un même projet. Les influences se mélangent naturellement et le groove reste le fil conducteur. Impossible pour autant d’écouter ZA INTENTIONS sans penser à la grande famille de la neo-soul. D’Angelo , Erykah Badu ou Jill Scott viennent forcément en tête. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, cette génération a participé à créer un espace où la soul, le jazz, le R&B et le hip-hop pouvaient se rencontrer, avec une musique capable de parler d’amour, de spiritualité, de vulnérabilité et d’introspection sans perdre son groove.

Za Kweli s’inscrit dans cette continuité sans essayer de reproduire une époque qui n’est pas la sienne. Les instruments occupent une vraie place, les productions respirent et sa voix n’a pas besoin d’être constamment dans la démonstration. Son approche rappelle ce que la neo-soul peut avoir d’organique tout en restant ancrée dans une manière très actuelle de parler de soi et de ses relations.

Est-ce que ça ira ? referme finalement l’EP sous la forme d’une ballade. Après avoir parlé de doutes, de jours meilleurs, d’amour et de sécurité, la question paraît presque inévitable. On peut avoir toutes les intentions du monde et continuer à ne pas savoir exactement ce qui nous attend. Za Kweli laisse cette incertitude exister sans chercher absolument à la résoudre.

« L’année du healing, les vibrations sont hautes »

Il y a quelque chose dans ZA INTENTIONS qui dépasse finalement la simple histoire de Za Kweli. Sous la publication de la cover de l’EP, un commentaire m’a particulièrement marquée. « L’année du healing, les vibrations sont hautes. » La formule m’a fait sourire, mais plus j’écoute le projet, plus je trouve qu’elle résume assez bien quelque chose qui se passe actuellement dans notre génération.

Ces dernières années, nous avons beaucoup parlé de traumatismes, d’anxiété, de dépression et de toutes ces choses dont il fallait apprendre à se protéger. Cette libération de la parole était nécessaire. Elle a permis de nommer des comportements, de comprendre certaines blessures et parfois simplement de réaliser que ce que l’on vivait n’était pas normal. Mais une fois que l’on a identifié tout ce que l’on ne veut plus, il faut bien finir par se demander ce que l’on veut à la place. Et j’ai l’impression que notre génération arrive de plus en plus à cet endroit. On parle de healing, de safe place, de limites, de relations saines, de protection de son énergie. Derrière tout le vocabulaire parfois un peu galvaudé des réseaux sociaux, il y a aussi une envie très simple de sortir de la négativité permanente. Pas pour prétendre que tout va bien, mais pour arrêter de faire de ce qui nous a abîmés le centre de tout.

ZA INTENTIONS arrive à un moment où cette envie semble particulièrement présente. Les doutes existent encore dans la musique de Za Kweli. Elle se demande toujours si ça ira, cherche encore où se trouve sa sécurité et n’essaie jamais de nous vendre une version parfaitement guérie de la vie. Seulement, son regard se porte déjà ailleurs. Sur ce que l’on veut construire, les personnes que l’on veut garder près de soi et la manière dont on souhaite avancer. Le titre du projet prend alors une autre dimension. Après avoir passé autant de temps à apprendre ce que nous ne voulions plus, il est peut-être temps de poser nos intentions pour la suite.

Un câlin qui groove

Depuis la listening party, c’est probablement la meilleure manière que j’ai trouvée de décrire ZA INTENTIONS. Un câlin. Pas parce que Za Kweli nous répète pendant six morceaux que tout ira bien. Au contraire, elle laisse suffisamment de place aux peurs, aux questions et aux incertitudes pour que le projet reste sincère. Mais elle refuse de nous laisser seuls avec elles. Alors elle ajoute une basse, une batterie, un saxophone, beaucoup de soul et suffisamment de groove pour nous rappeler que l’introspection n’a jamais obligé personne à rester immobile.

C’est dans ce sens que ZA INTENTIONS me touche le plus. Le projet met des mots sur certaines douleurs sans les rendre plus lourdes. Il questionne sans nous perdre dans ses interrogations et apporte du réconfort sans nous infantiliser. Il regarde vers demain sans faire semblant que demain sera forcément facile. Pour un premier projet porté de manière indépendante, Za Kweli affirme aussi une identité musicale qui donne envie de connaître la suite. Finalement, pour ceux qui pourraient la découvrir, je dirais d’elle que c’est une artiste marseillaise d’origine comorienne, nourrie par le jazz, la soul, le R&B, le Hip-Hop et la neo-soul, qui connaît ses références mais commence surtout à construire son propre espace.

En 2024, sa performance live m’avait donné envie de retenir son nom. Son single Cœur net m’a donné envie d’entendre son projet. Et le 25 septembre, l’écoute de son projet ZA INTENTIONS m’a confirmé que j’avais bien fait d’être là. Et dans une période où beaucoup d’entre nous essayent justement de laisser certaines choses derrière pour regarder vers ce qui vient ensuite, Za Kweli arrive peut-être avec les bonnes intentions au bon moment.

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